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L’ironie

     29 novembre 04

         L’ironie

         V : . M : . en chaire, mes SS : . mes FF : .,

         Je sais que je m’adresse à des SS et des FF très cultivés et qui plus est, intelligents. Et en disant ceci, je ne vous flatte pas. Ou alors, je pourrai vous dire : vous êtes des singes habillés dont l’âme n’est qu’un corps ou,
 que fait-on en loge ?
 
         Je sais qu’avec votre finesse, vous avez tout de suite compris que ce soir, je vous parlerais de ………………, de ………… l’ironie.
 
Mais attention ! pas celle des moqueurs, des vantards et des insolents qui ne donnent pas aux mots leurs valeurs réelles ou complètes et qui expriment indirectement ce qu’ils veulent faire entendre. (Voilà une définition bien placée).
 
Cette ironie est la plaisanterie mordante des esprits détachés et compassés du genre : « par les trous de sa culotte, on pouvait voir toute la misère du monde ». Cette ironie proche de l’humour, quand c’est le sort qui s’acharne,cette ironie cynique chère à Diogène, mon maître, qui nous aide à supporter l’insupportable, c’est l’ironie moderne,entre guillemets,dont nous sommes rompus à la pratique.
 Ce soir, je vous forcerais à vous instruire et à vous cultiver, mais surtout à vous interroger. Tant pis pour vous.
 
Ainsi Socrate (lui-même), pratiquait l’ironie. L’eirôneia des Grecs, c’est-à-dire : « l’interrogation ». En fait, malgré et contre toutes les médisances des philosophes grecs jaloux, un principe d’éducation. Certains diront qu’il accouchait les esprits et qualifiait cette pratique de « maïeutique ».
Si Socrate affirmait que, ce que l’on tient pour des biens ne vaut rien, qu’il ne connaissait ni le beau ni le bien, qu’il ignorait la vertu, et surtout, que nous-mêmes n’étions rien et que la seule chose qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien. Ce dédain des richesses, des honneurs, toutes ces affirmations n’étaient pas dus au mépris des autres ni à de l’arrrogance, ni à une fausse humilité, mais, peut-être à une modestie d’homme. Une attitude, en fait didactique et politique puisqu’il refusait de dire oui aux idées admises et qu’il niait posséder les qualités honorables.
Il préférait dire que ses idées étaient probables ou plausibles. Cette méthode de pensée, ou si vous préférez cette dialectique essaye d’induire chez l’autre des interrogations, des contradictions qui doivent le pousser (l’autre) à se dépasser. Ironiser, ce n’était pas parler par antiphrase, mais forcer l’autre à s’interroger soi-même (tant pis pour le pléonasme) et ne pas attendre du maître, du gourou, du livre, des autres : la vérité.
 
À la question : que fait-on en loge ?, la réponse de l’apprenti, qui lui ne l’a pas encore oublié, la réponse convenue, celle que l’on doit dire, qui est écrite, qui est notre idée admise, traditionnelle, c’est : construire des temples à la vertu et des cachots pour les vices.
Si comme le suggère Socrate, nous ne connaissons ni les vertus, ni les vices, que vient-on faire en loge ? Boire, me souffle un apprenti. Soit, c’est déjà une réponse vraie.
Si nous admettons, et nous l’admettons, que « que nous ne savons ni lire ni écrire », comme Socrate aurait pu le dire, est-ce que l’on doit en déduire que nous sommes ici pour apprendre, ou plutôt comprendre ou mieux, nous recueillir, c’est-à-dire cueillir en nous-mêmes ? C’est une réponse probable et plausible en forme d’interrogation.
 En quelque sorte, nous pratiquerions l’ironie socratique comme Jourdain la prose. Et c’est pourquoi, (certains disaient « en foi de quoi ») l’ironie « moderne », celle qui se moque, celle dont je ne devais pas parler, celle qui heurte, qui contredit, celle de Céline qui c’est efforcé, avec succès, d’être dans le clan de ceux qui avait tort, celle de Pierre Dac, notre frère qui de même était pour tout ce qui était contre et contre tout ce qui était pour, cette ironie moderne, oblige l’autre à l’interrogation, puisqu’elle gêne, qu’elle met en porte-à-faux et en doute ses plus sûres et intimes convictions qui sont le fondement de son raisonnement.
 
Alors, le doute va s’insinuer dans nos pensées qui ont du ventre. Des pensées axiomes, bien recuites : adieu les pantoufles morales et la tranquillité bovine du troupeau, le questionnement viendra nous tirer les pieds la nuit et le jour et de minuit à minuit (soit 36 heures par jour), et ce soir j’ai envie de dire que nous sommes en loge pour élever des temples aux doutes et de construire des cachots à la vertu, non ! à la beauté, non non ! à la fofieté, la transmission, aux dieux, aux mauvais vins, au reste, mais ... ce ne sont que des idées probables ou … plausibles.
                                                              J'ai dit.
         F : . L : . F : .
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